Siné vu d’en haut

Posted on 16 août 2008 par

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Ce que j’appelle vu d’en haut, c’est vu par les grands intellectuels : François Bazin dans son article du Nouvel Obs du 14 août 2008 nous explique que BHL a élevé le débat :

« Mais la force du propos de BHL (…) est d’avoir su imposer une grille de lecture dont la cohérence faisait sortir l’affaire du cadre étroit d’une simple histoire de famille. La phrase qui conclut sa plaidoirie et tombe comme un couperet était une invitation à ne pas en rester là : «Je ne pense pas qu’on en fait trop sur cette affaire Siné. (…) » ».

Donc beaucoup d’honneur pour une simple blague de Siné qui est replacée dans le cadre de l’histoire française depuis Dreyfus en passant par Vichy.
J’avoue que j’e n’ai pas dû comprendre plus de 15 % de cette échappée historico-philosophique et que je ne suis pas incité à lire la tribune de BHL parue dans le Monde que mentionne François Bazin.

En définitive, quel est le résultat de tout ça en terme de lutte contre l’antisémitisme : eh bien il est négatif.

Je m’explique : l’objectif de cette lutte est de convaincre les indécis et les indifférents que l’antisémitisme est intolérable, non par des lois ou par des affirmations d’intellectuels justifiées par des rapprochements hasardeux (comment peut-on intégrer la saillie de Siné dans le courant de pensée existant dans les tréfonds de l’idéologie française en général et de la gauche en particulier qui lie antilibéralisme, antiaméricanisme et antisémitisme : vous n’avez rien compris ? ce n’est pas grave, moi non plus, c’est du BHL), mais par la démonstration que l’antisémitisme n’a aucune justification sérieuse et ne peut que provoquer des catastrophes.
Pour atteindre cet objectif, il faut choisir des cibles réellement et indiscutablement antisémites, sinon le résultat est contraire : je le répète, il ne s’agit pas de convertir les antisémites convaincus, cela est impossible, mais les indécis et les indifférents. Après l’affaire Siné-Val, y aura-t-il beaucoup de conversions ou de nouveaux militants dans la lutte contre l’antisémitisme ? Je pense le contraire et je le démontre.

Beaucoup de français d’origine juive, ou de religion juive, ou même d’origine et de religion juive, considèrent que ce qu’ils font, ce qu’ils disent, ce qu’ils pensent, ce qu’ils ont n’est en rien lié à leur origine ou leur religion et veulent que leur comportement soit jugé en tant que tel et non en tant que juif. Ils parlent de leur origine ou de leur religion dans des discussions entre amis, mais en public rien ne les différencie des non juifs. Quand je vais chez un médecin, je ne me demande pas s’il est juif et je m’en fous. Quand je lis l’article d’un journaliste, je ne me demande pas s’il est juif et je m’en fous. Le contraire serait de l’antisémitisme.

Eh bien surprise, dans cette affaire, qui fait une distinction entre juifs et non juifs ? Monsieur VAL, cité par Libération : « Rendez-vous compte, pas un journaliste non juif qui me soutient. »

Suite à ça, que pense l’indécis ou l’indifférent ? Qu’une coalition de journalistes juifs se liguent derrière VAL pour faire la peau d’un dessinateur humoristique qui a repris une information du président de la Licra sur la conversion du fils Sarkozy au judaïsme.

Suite à ça, que font les antisémites ? Ils se marrent.

Chapeau VAL et ASKOLOVITCH, Merci VAL et ASKOLOVITCH.

Dans un autre article du même Nouvels Obs, sur une affaire un peu similaire mais aux Etats-Unis et au sujet des musulmans, Dominique Nora note « une constante universelle : seuls les juifs peuvent raconter des blagues juives, les Noirs des blagues noires et les Belges des blagues belges… sans pour autant être aussitôt soupçonnés d’arrière-pensées.

Je ne suis pas sûr qu’en France un juif puisse encore raconter une blague juive.

Tout cela devient bien triste.

 
 
 

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